Raymond Depardon et son inséparable Leica

« J’ai commencé à utiliser les appareils Leica en 1960. J’ai démarré avec le M2. J’étais parti en pleine guerre d’Algérie pour une expédition afin de tester la résistance humaine à la chaleur. Nous avions assisté à un drame : sept appelés du contingent s’étaient perdus dans le Sahara. On a réussi à en sauver trois. De retour à Paris, je me suis fait voler mon appareil, mais pas les photos, qui par chance étaient restées dans mon casier de l’Agence Dalmas, ma première agence. J’en ai pleuré. Aujourd’hui, je travaille avec le M7, l’appareil photo le plus rapide au monde. Sa latence est la plus courte, 120 millisecondes entre le moment où l’on appuie sur le déclencheur et la prise de vue. Certains appareils ne suivent pas et ne déclenchent pas tout de suite. Celui-là déclenche très vite. Dix fois plus vite que n’importe quel autre boîtier, même numérique.

C’est essentiel pour pouvoir capturer un moment comme le geste affectueux d’un homme pour sa compagne dans une rue à La Paz ou à Potosi, en Bolivie. Le photographe culpabilise toujours de rater une photo. J’appelle cela des fautes de temps. Avec cet appareil, j’accrois mes chances. Je ne suis pas passé au numérique et quand on me pose la question, je réponds que je viens seulement de passer à la couleur ! Mon travail restera toujours celui
de ma génération, coincée entre les Cartier-Bresson ou Doisneau en quête de l’« instant décisif » et des photographes plus jeunes aimant davantage l’atmosphère et la mise en scène. Je suis sensible à l’élégance naturelle des gens. J’essaie de garder le regard le plus pur possible.

J’ai beaucoup voyagé, souvent seul, et mon Leica était mon seul compagnon. Puis, j’ai fini par succomber à la mode des reflex, mais tout le monde posait et on perdait les instants. Alors je suis revenu aux Leica. Prendre en main cet appareil demande du temps. Et comme ce n’est pas un reflex, ce que l’on voit dans le viseur n’est pas ce que l’on prend en photo.
Cela lui donne un caractère ouvrier, artisan que j’aime beaucoup. »

Article de Jérôme Badie paru dans le Monde.fr du 27/04/2016

One Response to “Raymond Depardon et son inséparable Leica

  • ¡Hola Sonia!Descubrí tu blog hace poco tiempo, pero casi todos los días lo miro a ver que exquisitez has hecho, me encanta.Esta receta de coles me chifla, porque son mi verdura favorita. En mi casa sólo me gustan a mí, a mis hijos “ni verlas”, esta receta cae seguro, y hasta se la daré a probar a ellos. Muchísimas gracias. Mª José.

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